Khulna – Accompagner les communautés dalits sur le chemin de la promotion humaine et de la foi, en leur offrant une éducation, un soutien social et l’annonce de l’Évangile comme expérience de libération. Telle est l’une des missions caractéristiques de la communauté catholique du diocèse de Khulna, dans le sud-ouest du Bangladesh, où la majorité des fidèles catholiques provient précisément des communautés dalits, les « impurs », les « intouchables », traditionnellement marginalisés dans la société bengalie. « Dans notre pastorale auprès des Dalits, nous nous consacrons principalement à des projets de développement humain et nous les aidons à éduquer leurs enfants. Nous essayons de les soutenir dans leur recherche d’emploi, dans l’entretien de leur famille et dans leurs autres besoins quotidiens. La Caritas est également très engagée à leurs côtés », explique à l’Agence Fides Mgr James Romen Boiragi, Évêque de Khulna. L’engagement de l’Église ne se limite toutefois pas à la promotion sociale : « Ces aspects sont importants, mais nous nous consacrons avant tout à la catéchèse et au soutien scolaire », observe l’Évêque. « Environ 37 000 catholiques vivent dans mon diocèse et la plupart d’entre eux sont issus des communautés dalits. »La présence des Dalits au Bangladesh est une réalité historique peu connue. On estime qu'entre 3 et 5 millions de personnes appartenant aux communautés dalits vivent dans le pays ; il s'agit des descendants de groupes historiquement relégués en marge du système des castes de l'Asie du Sud. Bien que le Bangladesh soit aujourd'hui une nation à large majorité musulmane , son système social a hérité et conservé de profondes structures hiérarchiques et des dynamiques d'intouchabilité issues de son passé hindouiste.De nombreux Dalits exercent encore des métiers considérés comme « impurs », tels que le balayage des rues ou le nettoyage des égouts, la collecte des déchets ou d’autres tâches manuelles faiblement rémunérées. Bien que la Constitution du Bangladesh interdise toute forme de discrimination, les Dalits continuent de subir l’exclusion sociale, un accès limité à l’éducation, des difficultés d’accès au marché du travail et des conditions de logement précaires.Dans la région de Khulna, important pôle urbain et industriel du sud-ouest du pays, on observe une forte concentration de cette communauté , liée à des facteurs historiques, économiques et géographiques précis. De nombreuses familles dalits vivent dans des quartiers périphériques, des bidonvilles ou des campements informels et précaires. Le diocèse de Khulna, érigé en 1952 et faisant aujourd’hui partie de la province ecclésiastique de Dhaka, comprend huit districts du sud-ouest du Bangladesh. À travers les paroisses, les écoles catholiques, les programmes de la Caritas et de nombreuses initiatives pastorales, l’Église accompagne depuis des décennies les communautés dalits, en favorisant leur éducation, leur formation professionnelle et leur intégration sociale.Selon Mgr Boiragi, le système des castes au Bangladesh ne se manifeste pas aujourd’hui avec la même rigidité que dans d’autres régions d’Asie du Sud, mais ses conséquences sont perceptibles dans le pays : « Certaines personnes issues de la communauté hindoue en souffrent encore, tout comme les dalits. Dans la société en général, tant chez les musulmans que chez les hindous, ce problème persiste. »Pour de nombreux Dalits, la conversion au christianisme représente également un parcours de rédemption humaine et sociale : « Lorsque des membres de la communauté dalit se convertissent au christianisme – explique l’Évêque –, ils sont davantage respectés, alors qu’ils sont habituellement victimes de discrimination. La conversion devient aussi un moyen d’améliorer leur condition. » La communauté ecclésiale œuvre pour que ce changement se traduise par une pleine intégration : « Nous essayons de les aider à s’insérer dans la société, notamment grâce aux bonnes relations que nous entretenons avec les autres communautés religieuses. En même temps, nous demandons à nos fidèles d’accueillir ces personnes comme des frères et sœurs », observe-t-il.Pour les Dalits, souligne Mgr Boiragi, la rencontre avec l’Évangile représente avant tout le recouvrement de leur dignité : « Accueillir le message du Christ, c’est retrouver la dignité d’enfants de Dieu. C’est une expérience de libération du joug de l’oppression et de la marginalisation. C’est aussi un moyen concret d’améliorer sa vie, car cela permet souvent d’accéder à des parcours éducatifs, de croissance personnelle et de développement qui ouvrent de nouvelles opportunités ». Dans le diocèse de Khulna, la mission de l’Église continue d’allier évangélisation et promotion humaine, avec la conviction que l’annonce de l’Évangile redonne espoir aux personnes les plus vulnérables et contribue à la construction d’une société plus juste et plus inclusive. .