Oulan-Bator - « La désertification en Mongolie est visible à l’œil nu », explique à l’Agence Fides Sœur Sandra Garay, religieuse argentine, missionnaire de la Consolata, présente en Mongolie depuis 2004 et actuellement directrice exécutive de Caritas Mongolie, à l’occasion de la COP17, la Conférence des Nations unies sur la désertification, qui se tient à Oulan-Bator du 17 au 28 août. « Lorsque je me rends en dehors de la capitale, je remarque de plus en plus souvent les signes d’un territoire en pleine mutation. On voit de moins en moins d’herbe, les sources d’eau disparaissent, les sols deviennent de plus en plus arides. Les éleveurs parlent d’hivers rigoureux et d’étés de plus en plus secs », souligne-t-elle.Pour Sœur Garay, en Mongolie, « le changement climatique, la désertification et la perte de biodiversité sont des problèmes étroitement liés ». La dégradation progressive des pâturages est liée à la sécheresse et aux phénomènes météorologiques extrêmes, mais aussi à la pression exercée par les activités humaines sur le territoire. Il s’agit d’une crise environnementale qui se transforme rapidement en crise sociale, surtout pour les familles qui vivent de l’élevage.La situation est préoccupante. Selon la CNULD, la Mongolie, dont le territoire s’étend sur environ 1,56 million de kilomètres carrés, figure parmi les pays les plus touchés par la dégradation des sols et la désertification, qui affectent près de 77 % de son territoire. Les pâturages occupent environ 70 % du territoire national et constituent la base du mode de vie pastoral d’environ un tiers de la population. Les causes, explique sœur Garay, sont multiples : « À la sécheresse et au changement climatique s’ajoutent des facteurs liés aux activités humaines, tels que le pâturage intensif, la déforestation et une utilisation non durable du territoire ».Les phénomènes météorologiques extrêmes laissent eux aussi des traces de plus en plus visibles. La CNULCD signale qu’en Mongolie, le nombre annuel de jours marqués par des tempêtes de sable et de poussière a plus que triplé par rapport aux années 1960, tandis que les sécheresses sont devenues plus fréquentes. Parmi les situations d’urgence les plus dramatiques figure toujours celle du « dzud », ce phénomène climatique typique de la Mongolie qui combine des conditions hivernales extrêmement rigoureuses à des difficultés d’accès aux pâturages et au fourrage, provoquant la mort d’un grand nombre de têtes de bétail. Selon la FAO, environ 7,9 millions d’animaux sont morts lors du dzud de 2023-2024, soit 12,3 % du cheptel national.« Pour les familles de bergers, qui vivent de l’élevage, perdre leur bétail signifie souvent tout perdre et sombrer dans la pauvreté », observe la religieuse de la Consolata. « C’est pourquoi la lutte contre la désertification est une lutte pour protéger les moyens de subsistance et la vie même des communautés rurales », ajoute-t-elle. Selon la missionnaire, la solution passe à la fois par la protection de l’environnement et le soutien aux populations. « D’une part – affirme-t-elle –, il est urgent de mettre en place une gestion plus durable des pâturages, en protégeant les sources et les puits et en favorisant une utilisation plus efficace des ressources en eau. Le reboisement contribue à protéger les sols. Mais on peut aussi aider les familles rurales à diversifier leurs sources de revenus, afin qu’elles ne soient pas anéanties par le “dzud” lorsqu’il s’abat sur leur vie. »C’est une approche qui allie environnement, sécurité alimentaire et dignité des communautés rurales. Ce n’est pas un hasard si la COP17, accueillie par la Mongolie précisément en 2026, Année internationale des pâturages et des éleveurs proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies, place également au cœur de ses préoccupations la restauration des pâturages et le bien-être des populations d’éleveurs.C’est dans ce contexte que s’inscrit l’expérience de Caritas Mongolie, engagée depuis longtemps dans la protection de l’environnement, l’agriculture durable et le renforcement des moyens de subsistance locaux. Par le passé, explique Garay, « Caritas a mené des initiatives agricoles avec la construction de serres solaires passives et la formation des communautés aux méthodes de culture alternatives, biologiques et durables. L’objectif était de favoriser une production alimentaire adaptée au climat rigoureux de la Mongolie, tout en encourageant une utilisation plus responsable de l’eau et des sols ». De plus, « nous accompagnons les communautés de bergers dans le développement de sources de revenus durables, complémentaires à l’élevage traditionnel, afin de réduire leur vulnérabilité face à la dégradation de l’environnement et aux effets du changement climatique », poursuit-il.Aujourd’hui, l’organisation mène un projet pilote visant à tester en Mongolie la technique des « demi-lunes », des systèmes de collecte d’eau et de restauration du territoire utilisés dans les zones arides. « Nous souhaitons vérifier si cette méthode – note la religieuse – peut contribuer à lutter contre la désertification, à restaurer les pâturages dégradés et les habitats naturels, à augmenter l’humidité du sol et à favoriser la régénération de la végétation ».« Prendre soin de la terre, c’est prendre soin des personnes », déclare sœur Garay, résumant ainsi la perspective de l’engagement de Caritas Mongolie : dans un pays où le territoire est directement lié à la survie des communautés locales. « Lutter contre la désertification – conclut-elle – signifie en effet défendre non seulement l’environnement, mais aussi l’avenir de milliers de familles ».